Aller à dans la neige avec son materiel photo. même quand il coûte cher.
Vous allez peut-être passer vos prochaines vacances à la montagne, à skier, faire du snowboard, des raquettes ou simplement profiter de la neige.
Et si vous êtes photographe, vous vous êtes probablement déjà posé cette question :
Est-ce que j’emmène vraiment mon appareil photo avec moi ?
Parce qu’il faut bien l’avouer : lorsqu’on a plusieurs centaines ou milliers d’euros de matériel dans les mains, l’idée de l’emmener sur une piste de ski peut sembler légèrement irresponsable.
La neige, le froid, l’humidité, les chutes…
Et surtout cette petite voix dans la tête qui répète — ou parfois les personnes autour :
« Tu es vraiment en train de faire ça avec ton appareil à plusieurs milliers d’euros ? »
Cela fait maintenant 6 ans que je skie avec mon appareil photo.
Et honnêtement, je n’ai jamais regretté.
Aujourd’hui, lorsque je réalise des photos de ski ou de snowboard en montagne, notamment à Val Thorens, cette pratique fait complètement partie de ma façon de travailler. Être moi-même à ski me permet de me déplacer facilement sur le domaine, de comprendre les trajectoires et surtout d’anticiper les mouvements des skieurs et snowboardeurs que je photographie.
La question que tout le monde me pose : « Tu es déjà tombé avec ? »
Oui.
Deux fois.
Avec l’appareil dans les mains.
Et mon premier réflexe, à chaque fois, a été de vérifier si l’appareil fonctionnait encore.
Mais finalement, la neige fait toujours moins mal que le béton.
Blague à part, ces chutes ne m’ont jamais causé de problème sérieux avec mon matériel. Et elles m’ont surtout appris quelque chose : le risque zéro n’existe pas.
À partir du moment où je décide de prendre mon appareil sur les skis, j’accepte qu’il puisse arriver quelque chose.
Mais ne pas l’emmener signifie aussi accepter de rater certaines images.
Et pour moi, le choix est assez vite devenu évident.
Quand on veut réaliser une photographie de ski dynamique, être simplement au bord d’une piste ne suffit pas toujours. Il faut pouvoir se déplacer, changer de point de vue, prendre de la hauteur ou rejoindre un autre endroit du parcours.
C’est particulièrement vrai pour un photographe de ski à Val Thorens, où les possibilités sont nombreuses et où la montagne offre des décors très différents selon l’altitude, la météo et l’heure de la journée.
Pourquoi prendre le risque ?
Parce que la montagne en hiver offre des conditions que je ne retrouverai pas ailleurs.
La lumière peut être incroyable.
Les paysages changent complètement.
La neige transforme les reliefs, simplifie les couleurs et crée des contrastes très particuliers.
Et surtout, il y a cette sensation de mouvement.
Un virage.
Une trace dans la neige.
Une pente qu’on n’attendait pas forcément.
Une lumière particulière.
Des nuages qui viennent accrocher un sommet.
Un skieur ou un snowboardeur seul au milieu d’un immense paysage blanc.
Ce sont des images que je ne pourrais tout simplement pas faire depuis le bord de la piste.
Pour les photographier, il faut être dans la montagne.
Et parfois, cela signifie accepter de prendre son matériel avec soi.
C’est aussi ce qui me plaît dans la photographie de snowboard et de ski à Val Thorens : essayer de raconter à la fois le mouvement du sportif et l’immensité du paysage qui l’entoure.
Une belle photo de ski n’est pas forcément celle où l’on voit uniquement le sportif.
Parfois, le paysage raconte autant que lui.
Le froid n’est pas forcément le problème que l’on imagine
Quand on pense à sortir un appareil photo dans la neige, on pense immédiatement au froid.
Pourtant, dans mon expérience, ce n’est pas forcément le plus gros problème.
Les appareils photo sont conçus pour fonctionner dans des conditions assez variées, surtout lorsqu’ils sont correctement protégés.
Le vrai sujet, à mes yeux, c’est plutôt l’humidité et les changements brutaux de température.
Passer d’un extérieur à -10 °C à une pièce chauffée à 20 °C avec son appareil peut provoquer de la condensation.
Et la condensation, contrairement à quelques flocons sur le boîtier, est quelque chose que je préfère éviter.
Lorsque je rentre, j’essaie donc de ne pas simplement poser mon appareil sur la table dans une pièce chauffée.
Je le laisse revenir progressivement à température, idéalement dans son sac.
Cela peut sembler contraignant.
Mais après avoir passé plusieurs heures dans la neige, attendre un peu avant d’ouvrir son sac est finalement assez simple.
Protéger son matériel sans devenir paranoïaque
Il faut évidemment prendre quelques précautions.
Mais je pense qu’il est facile de tomber dans l’excès inverse et de tellement vouloir protéger son matériel qu’on finit par ne plus oser l’utiliser.
Un appareil photo est un outil.
Un outil cher, certes.
Mais un outil quand même.
Personnellement, je préfère avoir un appareil qui a vécu quelques aventures, quelques traces d’utilisation et quelques rayures, plutôt qu’un appareil parfaitement neuf qui n’a jamais quitté le sac.
Cela ne signifie pas qu’il faut être inconscient.
J’utilise un sac adapté, je protège mon matériel lorsque les conditions deviennent vraiment mauvaises et j’évite autant que possible de laisser l’appareil exposé inutilement.
Mais lorsque les conditions sont bonnes, je le sors.
Parce que c’est précisément pour ça que je l’ai.
Et lorsque je travaille comme photographe sportif en montagne, je dois accepter que mon matériel fasse partie de cet environnement. La neige, le vent, le froid et les déplacements font partie du métier.
Le vrai problème : skier avec un appareil photo
Finalement, le plus compliqué n’est peut-être pas l’appareil.
C’est de réussir à skier correctement avec.
Au début, il faut trouver son équilibre.
Comment tenir l’appareil ?
Où mettre les mains ?
Comment le protéger en cas de chute ?
Comment accéder rapidement à son appareil ?
Comment changer de position sans risquer de le faire tomber ?
Et surtout : comment continuer à profiter de sa sortie ?
Parce qu’il ne faut pas oublier que je suis d’abord là pour skier.
Je ne veux pas passer toute ma journée à penser à mon matériel.
Avec le temps, j’ai donc appris à adapter ma manière de faire.
Je prends uniquement ce dont j’ai besoin.
Je réfléchis à l’objectif que je vais utiliser.
Je prépare mes réglages à l’avance.
Et lorsque je sais que je vais réellement skier pendant plusieurs heures, j’évite de prendre tout mon sac photo avec moi.
Moins de matériel signifie moins de poids, moins de contraintes et surtout moins de choses auxquelles penser.
C’est particulièrement important lorsque je réalise une séance photo de ski ou de snowboard : je préfère pouvoir bouger rapidement et rester concentré sur les images plutôt que de transporter du matériel dont je n’ai pas réellement besoin.
Anticiper plutôt que changer son objectif dans la neige
Une autre chose que j’ai apprise avec le temps : la montagne n’est pas forcément le meilleur endroit pour bricoler son appareil.
Changer d’objectif avec des gants, dans le vent, avec de la neige qui tombe… ce n’est pas vraiment le moment idéal.
Quand c’est possible, je préfère donc anticiper.
Quel type d’image vais-je faire ?
Ai-je réellement besoin de changer de focale ?
Est-ce que je peux faire toute ma sortie avec un seul objectif ?
Souvent, la réponse est oui.
Et cela simplifie énormément les choses.
Je préfère parfois perdre quelques possibilités créatives et avoir un ensemble simple, léger et immédiatement disponible plutôt que de transporter toute ma configuration habituelle.
Cette simplicité me permet aussi de rester attentif à ce qui se passe autour de moi : une belle lumière, une trajectoire intéressante, un groupe de snowboardeurs qui arrive ou simplement un paysage qui change en quelques minutes.
Et si je tombe ?
C’est probablement la question qui revient le plus.
« Mais si tu tombes avec ton appareil ? »
Eh bien…
Je peux tomber.
Et c’est déjà arrivé.
Deux fois.
La bonne nouvelle, c’est que je suis tombé dans la neige.
La mauvaise, c’est que je suis quand même tombé.
Depuis, j’essaie évidemment d’être attentif à la manière dont je transporte mon appareil. Je réfléchis à ce qui pourrait se passer en cas de chute et j’évite certaines situations lorsque je sens que le risque devient trop important.
Il faut aussi accepter qu’en montagne, certaines situations sont imprévisibles.
Une plaque de glace.
Une mauvaise réception.
Un ski qui accroche.
Une perte d’équilibre.
On ne contrôle pas tout.
Et c’est probablement la raison pour laquelle je ne prends jamais avec moi un matériel dont la perte me serait totalement insupportable.
Il faut trouver son propre équilibre entre la valeur du matériel et la valeur des images que l’on peut créer avec.
La neige donne parfois les meilleures images
Ce que j’aime particulièrement avec la photographie en montagne, c’est que les conditions difficiles sont parfois celles qui donnent les meilleures images.
Une chute de neige peut complètement changer l’ambiance d’une scène.
Le brouillard peut isoler un skieur.
Le vent peut créer des mouvements dans la neige.
Le soleil peut apparaître quelques secondes entre deux nuages.
Et parfois, une journée que l’on pensait mauvaise pour la photo devient finalement celle dont on se souvient le plus.
C’est aussi pour cela que je continue à emmener mon appareil.
Parce que je ne sais jamais exactement ce que la montagne va me donner.
À Val Thorens, la météo et la lumière peuvent transformer complètement une même descente d’un jour à l’autre. C’est aussi ce qui rend la photographie de ski en montagne aussi intéressante : il faut savoir s’adapter à ce que le terrain et les conditions nous offrent.
Alors, est-ce que ça vaut le risque ?
Pour moi, oui.
Après quatre ans à skier avec mon appareil photo, je continue de le faire.
Je ne dirais pas qu’il faut absolument emmener son matériel partout.
Je ne dirais pas non plus qu’un appareil photo est indestructible.
Il faut connaître ses limites, celles de son matériel et surtout les conditions dans lesquelles on évolue.
Mais j’ai aussi appris qu’avoir peur d’abîmer son appareil ne doit pas empêcher de l’utiliser.
Parce qu’au bout du compte, un appareil photo est fait pour créer des images.
Pas pour rester dans son placard.
Alors oui, j’ai déjà chuté avec.
Oui, il a pris de la neige.
Oui, j’ai parfois eu cette petite montée d’adrénaline en me demandant si tout allait bien.
Mais j’ai aussi ramené des images que je n’aurais jamais pu faire autrement.
Et finalement, c’est bien pour ça que je continue.
Que ce soit pour une séance photo de ski à Val Thorens, une photographie de snowboard, un reportage sportif ou simplement pour raconter une journée en montagne, je préfère être au cœur de l’action plutôt que de regarder depuis le bord de la piste.
Le matériel coûte cher. Les souvenirs, eux, n’ont pas de prix.