Être photographe de sports de montagne, c’est aussi s’entraîner
Il y a quelque chose que j’ai compris assez rapidement dans ma pratique de la photographie de sport : pour mieux photographier un sport, il faut parfois commencer par le pratiquer.
Trail, vélo, ski… Ce sont les sports que je photographie régulièrement, mais aussi ceux que je pratique.
Au départ, je ne pensais pas forcément que cela ferait une différence aussi importante dans mon travail. Aujourd’hui, je sais que c’est l’un des éléments qui me permet d’aborder différemment un projet avec une marque outdoor.
Parce que photographier un produit dans un environnement de montagne ne consiste pas simplement à emmener un appareil photo sur une piste ou un sentier.
Il faut comprendre ce que l’on photographie.
Comprendre le mouvement.
Le terrain.
L’effort.
Les contraintes.
Et surtout, comprendre ce que vit la personne qui porte ou utilise le produit.
Photographier un sport, c’est d’abord le comprendre
Photographier un coureur de trail, ce n’est pas simplement attendre qu’il passe devant l’objectif.
Il faut comprendre le terrain, le rythme et l’effort.
Savoir à quel moment un coureur va ralentir.
Comprendre comment il va aborder une montée ou une descente.
Anticiper sa trajectoire.
Savoir où il va poser son pied.
Mais aussi comprendre les moments où il va naturellement relever la tête, accélérer ou au contraire chercher à récupérer.
Ces détails peuvent sembler insignifiants.
Pour une campagne photo outdoor, ils changent pourtant beaucoup de choses.
Une image peut être techniquement parfaite et manquer complètement de crédibilité si le geste du sportif semble artificiel.
À l’inverse, une image dans laquelle le mouvement est juste peut immédiatement donner une sensation de réalité.
C’est cette différence que j’essaie de rechercher.
En vélo, le mouvement raconte le produit
En vélo, cette compréhension est tout aussi importante.
La position du corps.
La trajectoire.
Le freinage.
La prise de virage.
La manière dont un cycliste se positionne sur son vélo.
Tous ces éléments permettent de construire une image qui semble naturelle.
Mais ils permettent aussi de mieux mettre en valeur le produit.
Un casque.
Une paire de lunettes.
Une veste.
Un sac.
Des chaussures.
Un vélo.
Pour une marque, le produit doit évidemment être visible.
Mais il doit surtout être utilisé de manière crédible.
C’est là que ma pratique sportive rejoint directement mon travail de photographe pour les marques outdoor.
Je ne cherche pas seulement à montrer un produit.
Je cherche à montrer ce qu’il permet de faire.
En ski, il faut être capable de suivre
Le ski m’a également appris quelque chose d’essentiel : en montagne, le photographe doit parfois être aussi mobile que le sportif.
Une image peut nécessiter de changer rapidement de position.
De prendre de la hauteur.
De descendre une pente.
De rejoindre un autre point de vue.
D’anticiper plusieurs virages à l’avance.
Et parfois de suivre un skieur ou un snowboardeur pendant plusieurs minutes.
Pour une campagne de ski ou de snowboard, cette capacité à se déplacer et à anticiper est essentielle.
Il ne suffit pas d’être au bon endroit.
Il faut parfois être capable d’y arriver avant le sportif.
Et quand la lumière est parfaite pendant seulement quelques minutes, il n’y a pas vraiment de deuxième chance.
Être de l’autre côté de l’objectif
S’entraîner ne signifie pas forcément chercher la performance.
Pour moi, c’est surtout une manière de vivre ce que vivent les personnes que je photographie.
Prendre le départ d’un trail, rouler sur une longue sortie à vélo ou chausser les skis permet de ressentir la fatigue, le froid, le vent, le souffle court, les jambes qui brûlent.
Et ces sensations changent forcément le regard.
Quand je photographie quelqu’un qui termine une ascension, je ne vois plus seulement un athlète devant mon appareil.
Je peux imaginer ce que cette montée lui a demandé.
Je comprends pourquoi son regard change.
Pourquoi il baisse la tête quelques secondes.
Pourquoi il accélère malgré la fatigue.
Pourquoi il peut avoir besoin de remettre sa veste, de boire ou simplement de reprendre son souffle.
Pour une marque outdoor, ces détails sont importants.
Parce qu’une campagne ne doit pas seulement montrer un sportif.
Elle doit souvent faire ressentir l'expérience.
Le produit prend tout son sens lorsqu'il est utilisé
Je crois beaucoup à la photographie en conditions réelles.
Une veste portée sous la pluie.
Un sac utilisé pendant une longue sortie.
Des chaussures couvertes de boue après plusieurs heures sur un sentier.
Un casque utilisé dans une descente.
Des skis dans une neige fraîche.
Ce sont des situations dans lesquelles le produit prend véritablement son sens.
Bien sûr, une campagne peut aussi nécessiter des images très propres, maîtrisées et graphiques.
Mais même dans ce cas, connaître le terrain et la pratique permet de créer des images plus crédibles.
Je veux que l’on puisse regarder une photographie et se dire :
« Oui, c’est exactement comme ça que ce produit est utilisé. »
La montagne ne se contrôle pas complètement
C’est probablement l’une des choses que j’aime le plus dans la photographie outdoor.
On peut préparer énormément de choses.
Le lieu.
Le matériel.
Les tenues.
Les modèles.
Les horaires.
Les itinéraires.
Les images recherchées.
Mais la montagne garde toujours une part d’imprévu.
La météo change.
La lumière disparaît.
Le vent se lève.
La neige évolue.
Un sentier devient glissant.
Un nuage arrive au mauvais moment.
Et parfois, tout ce qui était prévu doit être adapté.
C’est aussi pour cela que la pratique sportive est importante.
Elle permet de mieux comprendre ces contraintes et de prendre des décisions rapidement.
Il faut savoir quand attendre, quand bouger et parfois quand abandonner une idée pour en chercher une meilleure.
Une campagne outdoor ne se résume pas à une belle image
Lorsqu’une marque me confie un projet, je ne pense pas uniquement à la photographie finale.
Je pense aussi à la manière dont les images vont être utilisées.
Une campagne peut nécessiter une image forte pour une publicité.
Mais aussi des portraits.
Des images de produit.
Des détails.
Des scènes d'action.
Des paysages.
Des images verticales pour les réseaux sociaux.
Des formats plus larges pour un site internet ou une campagne digitale.
L’objectif est donc de produire une série d’images cohérentes, capables de raconter une histoire autour du produit et de l'univers de la marque.
C’est cette réflexion qui m’intéresse dans la photographie publicitaire outdoor.
Créer une image qui fonctionne seule, mais qui trouve aussi sa place dans un ensemble.
Aller chercher l'image plutôt que l'attendre
C’est peut-être finalement ce que l’entraînement m’a le plus appris.
Une bonne image ne vient pas toujours à moi.
Il faut parfois aller la chercher.
Marcher plus longtemps.
Monter plus haut.
Revenir le lendemain.
Attendre sous la pluie.
Se lever tôt.
Prendre froid.
Faire quelques kilomètres supplémentaires pour trouver le bon point de vue.
Et parfois recommencer.
C’est exactement ce que j’aime dans les productions outdoor.
Il y a une vraie dimension de terrain.
On ne travaille pas toujours dans un environnement contrôlé.
Il faut être capable de s’adapter et de continuer à chercher.
Parce qu’une campagne peut avoir un brief précis, mais la meilleure image n’est pas toujours celle que l’on avait imaginée avant d’arriver sur place.
Photographier avec les jambes, mais surtout avec les sensations
Aujourd’hui, je ne considère plus mes entraînements comme quelque chose de séparé de mon activité de photographe.
Ils font partie de mon travail.
Ils nourrissent ma manière de regarder.
Quand je cours sur un sentier, que je roule à vélo ou que je skie, je ne pense pas constamment à la photographie.
Mais inconsciemment, j’accumule des sensations et des références.
Je mémorise les terrains.
Les changements de rythme.
Les endroits où le paysage s’ouvre.
Les passages qui demandent plus d'engagement.
Les moments où la lumière transforme complètement une scène.
Tout cela finit par revenir lorsque j’ai un appareil photo dans les mains.
Comprendre le terrain pour mieux produire
Cette connaissance du terrain est également importante lors de la préparation d'une production.
Lorsqu’une marque souhaite réaliser une campagne photo en montagne, le choix du lieu ne se résume pas à trouver un beau paysage.
Il faut se demander :
Où le sportif pourra-t-il réellement évoluer ?
Comment accéder au lieu avec le matériel ?
Quelle lumière aura-t-on à cette heure ?
Combien de temps faudra-t-il pour changer de spot ?
Quel itinéraire utiliser ?
Quelles conditions peut-on rencontrer ?
Est-ce que le terrain correspond réellement au produit et à son utilisation ?
Ces questions font partie de la préparation.
Et elles permettent de gagner du temps une fois sur le terrain.
Ce que je cherche à apporter aux marques outdoor
Je ne cherche pas à être le photographe qui connaît absolument tous les sports.
Je ne cherche pas non plus à être le meilleur skieur, le meilleur cycliste ou le meilleur traileur.
Ce qui m'intéresse, c'est de continuer à pratiquer, à apprendre et à comprendre.
Parce que je crois qu’un photographe outdoor doit être capable de plus que maîtriser son appareil.
Il doit comprendre le terrain.
Le mouvement.
La lumière.
Les contraintes.
Les sensations.
Et surtout, il doit être capable de traduire tout cela en images.
Pour une marque, cela signifie pouvoir créer des photographies qui ne donnent pas seulement envie de regarder un produit.
Des images qui donnent envie de l’utiliser.
De sortir.
De rouler.
De courir.
De skier.
D’aller en montagne.
Photographier ce que l'on ressent
C’est finalement ce que j’essaie de transmettre dans mes images.
Pas seulement une performance.
Pas seulement un produit.
Pas seulement un beau paysage.
Mais ce qu’il y a derrière.
L’effort.
Le froid.
Le doute.
La concentration.
La fatigue.
La vitesse.
La liberté.
La montagne.
Et cette sensation particulière que l’on ressent lorsque l’on est complètement engagé dans ce que l’on fait.
C’est pour cela que je continue à m’entraîner.
Parce qu’au-delà de la condition physique, le sport nourrit ma façon de photographier.
Et parce que lorsque je travaille avec une marque outdoor, je veux être capable de comprendre son produit, son terrain et les personnes qui l’utilisent.
Créer une belle image est important. Créer une image dans laquelle on croit l’est encore plus.